La ville intelligente : Cap Urba 2016, Lyon

Après le succès des deux SIDO organisés en avril 2015 et 2016 à Lyon, on pouvait espérer une large participation à l’exposition Cap Urba 2016 et au congrès associé Cap Cities 2016, concernant la « Ville Intelligente et Attractive ».

Cela n’a pas été le cas et malgré le grand intérêt suscité par le concept de smart city / ville intelligente, les allées de l’exposition et les conférences n’ont pas fait le plein : pourtant, les dates des 8 et 9 décembre n’étaient pas choisies au hasard, elles permettaient aux visiteurs et congressistes de faire d’une pierre deux coups en participant au congrès et en profitant de la Fête des Lumières le soir à Lyon. J’ai pour ma part passé peu de temps sur les stands, car les conférences étaient plutôt intéressantes.

Quelques constats glanés ici et là illustrent l’importance de la mutation en cours :

  • En 2030, Internet consommera à lui tout seul autant d’électricité que l’humanité en 2008
  • En 2020 il y aura 25 milliards d’objets connectés sur la planète, dont 2 milliards de véhicules (nombre doublé par rapport à 2016).
  • Le smartphone devient une télécommande urbaine
  • Demain, on n’achètera plus un véhicule, mais de la mobilité
  • Tous les 6 ans, on multiplie par 10 le besoin de débit de connexion : en 20 ans, on le multiplie donc par 1000.

Il est toujours aussi difficile de définir la smart city, mais les retours d’expérience permettent au concept de gagner en maturité et en réalisme. Après avoir dans un premier temps focalisé la smart city sur sa dimension technologique (smart grids, objets connectés, plates-formes…), le discours est aujourd’hui beaucoup plus mesuré et recentre la ville intelligente sur les usages, l’appropriation par le citoyen et le volet humain, conduisant à des interrogations sur le « techno-solutionnisme » sous jacent au concept (on appelle techno-solutionnisme l’attitude consistant à penser que les solutions aux problèmes à résoudre sont prioritairement technologiques). Ainsi, ce n’est pas forcément en déployant des compteurs « intelligents » permettant aux habitants de mesurer leur consommation d’énergie qu’on aboutit à une baisse de la consommation.

Que l’on se rassure (ou que l’on s’inquiète) ! Chez les grands industriels, il s’agit toujours de pousser au déploiement de nouveaux outils technologiques supposés résoudre les problèmes de la ville actuelle, car pour eux, la ville intelligente est avant tout un nouveau marché, mais ils conviennent qu’il faut également accompagner l’appropriation de ces technologies.

Une dimension importante et problématique de la ville intelligente reste le temps. Les divers cycles temporels sont en effet de plus en plus difficiles à concilier.

  • Les cycles de l’innovation technologique sont de plus en plus cours : un objet ou un service connecté seront probablement obsolètes après 2 ou 3 ans maximum et ils sont en tout cas remplacés tous les 6 mois par des objets plus performants
  • Le délai d’une prise de décision politique est couramment de 2 à 3 ans et les délais de mise en œuvre des projets sont de 2 à 5 ans, voire plus pour des projets importants. Les délais de retour sur investissement ou d’évaluation de l’utilité des projets sont de 2 à 3 ans pour les plus rentables, mais tous les projets ne sont pas rentables ou leur rentabilité n’est pas toujours mesurable
  • Les cycles des échéances électorales sont de 5 à 6 ans
  • Enfin, les cycles de vie de certains équipements concernés sont beaucoup plus longs. La durée de vie d’un revêtement routier est d’au moins10 ans, celle d’une canalisation de réseau peut aller de 20 à 100 ans (pour les nouveaux réseaux humides), et celle d’un bâtiment de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’années (il est cependant peu probable que les bâtiments construits au XXIème siècle durent aussi longtemps que les ponts romains, les églises romanes ou les cathédrales gothiques).

Comment peut-on concilier ces divers cycles aujourd’hui et éviter de se faire piéger dans la spirale de l’accélération technologique ? Il n’y a pas de réponse à cette question.

Une autre question est celle du retour sur investissement et des modèles économiques de la Ville Intelligente. J’ai posé cette question aux éminents représentants d’Orange et IBM lors de la conférence sur  les nouveaux modèles de partenariat et de synergies et la réponse a été tout à fait claire. Quand c’est rentable pour eux, les opérateurs privés investiront dans ces technologies. Si ce n’est pas rentable, c’est à la collectivité d’investir pour le bien-être des citoyens. C’est à elle de choisir entre subventionner le club local de pétanque ou développer des services de smart city (dixit l’un de ces représentants). Les collectivités sont donc prévenues, pour la smart city, il s’agit de nouveau pour les industriels de privatiser les bénéfices et de collectiviser les pertes.

Au final, les interrogations suscitées par ces premiers retours d’expérience sont positives et pourraient permettre d’évoluer vers une ville intelligente 2.0 moins technologique, plus humaine, orientée par les politiques et non par les industriels, à condition que chacun veuille bien prendre le recul nécessaire pour ne pas se faire happer par la spirale de la course à la technologie.

De mon point de vue, chaque ville candidate devrait se poser la question suivante : en face des technologies que me proposent les industriels pour résoudre les problèmes sur mon territoire, quelles autres solutions alternatives moins guidées par la technologie pourraient être identifiées ?

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