L’internet des objets, les objets connectés, la géomatique…

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’IOT !

L’internet des objets, les objets connectés, vous connaissez ? Pour certains, l’internet des objets est plutôt un concept associé au monde industriel et professionnel : des capteurs, des puces RFID pour le suivi des déplacements des produits en logistique, des capteurs environnementaux pour le suivi des niveaux d’eau des nappes ou la mesure du bruit ou de la pollution de l’air, etc… Tout çà n’est pas très nouveau. Pour d’autres, la notion d’objets connectés évoque une liste de gadgets à destination du public : fourchette connectée, brosse à dent connectée, pot de fleur connecté, matelas connecté, gilet connecté, bouilloire connectée (je n’invente rien, j’ai vu tous ces objets), ou la maison connectée (domotique). La conférence SIDO qui s’est tenue les 7 et 8 avril 2015 à Lyon nous a montré à quel point ces deux approches (qu’on regroupe sous l’acronyme IOT, Internet Of Things) sont similaires et procèdent des mêmes démarches et sont associés dans le même changement de paradigme. Dans les deux cas, l’objet connecté est supposé rendre un service supplémentaire à son utilisateur, mais permet également à son concepteur ou à son exploitant de constituer une base de données susceptible d’être utilisée dans un autre contexte que celui accessible à l’utilisateur. Ainsi, si l’objet est connecté au smartphone de son utilisateur (objets à usage individuel) ou au système d’information de l’entreprise (objets à usage professionnel), c’est par l’intermédiaire du concepteur ou de l’exploitant du service, qui ne se prive généralement pas d’envisager un usage étendu et non limitatif des données collectées. Les équipements connectés par NEST (filiale de Google) dans votre maison vont améliorer votre confort, mais pourraient aussi lui permettre de profiler votre comportement domestique (présence, habitudes de chauffage, etc). Les équipements industriels connectés permettront de même à leur fournisseur de surveiller directement leur bon fonctionnement et de disposer de statistiques très complètes et très fiables sur leurs usages et dysfonctionnements.

Géomaticiens, où êtes-vous ? L’IOT a besoin de vous…

Curieusement, alors que la géolocalisation fait dans tous les cas partie intégrante de la connexion, je n’ai croisé que très peu de géomaticiens à cette conférence. Alors, en quoi tout cela nous concerne-t-il ? Je vois pour ma part 3 raisons professionnelles de surveiller de près ce qui se passe dans l’IOT.

  • La première est qu’il y a de la géomatique en amont de la conception et du déploiement de ces objets connectés : GPS dans les capteurs, stockage de données géolocalisées, etc.
  • La deuxième est qu’il y a de la géomatique dans l’exploitation et la valorisation des données produites à l’aide de ces capteurs : entre autres, dans les analyses et synthèses du Big Data et dans la présentation des résultats.
  • La troisième est qu’un certain nombre d’applications informatiques et de processus dans lesquels la géomatique est largement utilisées seront impactées dans les années à venir par le déploiement (annoncé comme massif) d’objets connectés : on peut ainsi évoquer par exemple les applications des domaines transport et logistique, la gestion de réseaux, la gestion d’équipements (GMAO). Les villes intelligentes (smart cities) sont également de grosses consommatrices d’objets connectés à des applications géomatiques.

A qui va profiter le développement de l’IOT ?

J’évoquais un changement de paradigme, qui impacte à la fois les fournisseurs géomatiques et leurs clients. Des objets qui étaient des produits (fourchette, pot de fleur, etc) deviennent des services en devenant connectés. Et dans le prolongement d’un premier changement de paradigme bien connu et déjà ancien en téléphonie mobile (le téléphone mobile ne se vend pas, mais est mis à disposition gratuitement par l’opérateur de téléphonie mobile en échange d’un engagement à consommer des communications téléphoniques), un deuxième changement émerge dans le monde de l’IOT : la valeur (au sens de chaîne de valeur) des objets connectées est à la fois dans l’objet et le chiffre d’affaire généré par sa vente, dans son usage par le consommateur et le chiffre d’affaire récurrent de maintien en conditions opérationnelles du service associé, et enfin (et surtout pour les objets concernant le grand public), dans la capacité de valorisation des données produites par l’objet connecté, parfois dans un autre contexte que celui des usages de l’objet. Cette logique émergente pose deux questions. La première est celle du contrôle de l’usage de ces données : quel droit de regard l’utilisateur individuel ou professionnel aura-t-il sur la réutilisation de ses données par les divers prestataires de la chaine : hébergeur du cloud, administrateur des services, fournisseurs et revendeurs des produits et services ? Les réponses apportées dans divers cas d’usages présentées au SIDO vont de stricts engagements pris par les éditeurs de limiter les usages à ce dont a besoin le client (cas plutôt rare) à l’aveu implicite que l’intérêt de l’objet est ailleurs que dans sa commercialisation. Le pire est d’ailleurs que la plupart des fournisseurs gardent un silence (pudique ou gêné) sur cette question. Comme on retrouve des membres éminents du GAFA parmi les principaux acteurs du domaine, il y a tout lieu de se poser de telles questions. La seconde est celle du déplacement de la chaîne de valeur : les agriculteurs américains ont réalisé il y a quelques années qu’ils ne pouvaient laisser les grands prestataires de services de l’agriculture de précision s’approprier leurs données, risquant de devenir de simples exécutants techniques d’opérations prescrites par ces prestataires et se sont battus pour garder le contrôle de ces données (voir l’ouvrage de Gilles Babinet, Big Data : penser l’homme et le monde autrement, Edition Le Passeur, 2015). Les hôteliers réalisent en ce moment que les sociétés d’intermédiation permettant la réservation sur Internet sont en train de les réduire au rang de sous-traitant. Il y a tout lieu de craindre qu’un développement non encadré juridiquement de ce nouveau paradigme dans lequel le contrôle des données acquises dans le cadre du service est stratégiquement plus important que la fourniture du service ou la vente du produit, conduise à réorganiser la chaîne de valeur au profit de ceux qui contrôleront ces données, réduisant toutes les entreprises au rang de sous-traitant.

Que faire pour un développement équilibré de l’IOT ?

Il est donc important que le développement de ces objets connectés et des services associés n’aboutisse, ni à un profilage généralisé des individus (celui-ci est cependant déjà bien avancé chez les GAFA), ni à une mise sous tutelle des entreprises et des organisations utilisatrices (en cours dans certains domaines d’activité). Quelles pistes de réflexion ? La possibilité pour l’utilisateur d’autoriser ou non l’usage de ces données ? Comment contrôler le respect de l’autorisation accordée ? La possibilité pour l’utilisateur d’être rémunéré lorsque ses données sont valorisées commercialement ? Cela reviendrait à autoriser explicitement tout usage pourvu qu’il soit associé à une rémunération. Une autre piste de réflexion nous est fournie par la démarche des agriculteurs américains : se battre pour que ces données ne puissent pas être appropriées par un prestataire, mais pour qu’elles soient librement réutilisables par tous (sous réserves du respect de la vie privée bien entendu). Après tout, si le fournisseur commercialise des produits et des services, on peut considérer que son bénéfice est réalisé à ce stade et qu’au-delà, il ne peut pas avoir l’exclusivité de la connaissance d’un domaine, d’un individu, d’une organisation ou de groupes d’individus ou d’organisations. Peut-on imaginer des évolutions législatives allant dans ce sens en Europe et en Amérique du Nord ?

Deux documents librement téléchargeables à lire pour plus d’informations

Prendre le virage des objets connectés
Créer un objet connecté pour le vendre

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2 commentaires pour L’internet des objets, les objets connectés, la géomatique…

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