L’aménagement du territoire sous contrôle de médiateurs privés ?

Dans l’article publié dans le numéro 100 de Géomatique Expert, j’évoquais le risque que ces immenses bases de connaissances sur les consommateurs constituées par quelques grandes sociétés deviennent des outils de marketing susceptible de réduire tous les acteurs du B2C au rang de sous-traitants (voir également l’article de François Bourdoncle, Peut-on créer un écosystème français du Big Data, Journal de l’Ecole de Paris, juillet / août 2014). Il semble que cette réalité ne concerne aujourd’hui pas que les consommateurs que nous sommes, mais qu’un risque existe également de cantonner les administrations et collectivités publiques au rang de sous-traitants d’acteurs privés susceptibles de d’influer sur leurs décisions.

Prenons l’exemple de la commercialisation des zones d’activités et de l’installation d’entreprises dans les territoires. Aujourd’hui, chaque EPCI dispose de son dispositif de gestion de données, d’accueil et de commercialisation aux entreprises. Les EPCI sont en concurrence entre eux et les tentatives de constituer des portails publics présentant l’offre de foncier économique disponible sur un département ou une région sont freinées par cette situation de concurrence.

Imaginons qu’une société, en combinant des données publiques récupérées sur les divers géoportails publics et sur les sites Open Data, et des données collectées par ses soins à partir de relevés et d’enquêtes terrain, arrive à constituer une base de données crédible au niveau national, voire européen ou mondial, et permette aux entreprises en recherche d’installation, à la fois d’identifier les zones d’activité comportant des terrains disponibles et de les comparer à partir d’indicateurs d’attractivité (desserte en transport, fiscalité locale, présence de services…).

Cette société pourrait être en mesure de s’assurer un avantage concurrentiel et de s’interposer comme médiateur entre les grandes entreprises en recherche d’implantation et les collectivités disposant d’une offre de foncier économique. On pourrait même imaginer que cette société exige des collectivités une rétribution pour la mise en relation avec les entreprises, ce qui reviendrait à les mettre dans une situation de sous-traitance similaire à celle qui existe déjà dans l’hôtellerie.

Risquons nous de voir dans le futur des gestionnaires privés de portails à destination des grandes entreprises en recherche d’implantation, influer sur l’aménagement des territoires en mettant en concurrence les collectivités sur leur capacité à les rétribuer pour « l’apport d’affaires » ? La publication de données Open Data peut-elle favoriser un tel scénario ? La question est posée.

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