Nouvelles réflexions sur le rôle du géomaticien

J’ai déjà abordé dans l’ouvrage « SIG : la dimension géographique du SI » et dans un précédent billet la question du rôle des géomaticiens dans des organisations dont les systèmes d’information sont de plus en plus complexes et nécessitent des compétences informatiques et « systèmes d’information » toujours plus pointues. Ceux qui essaient de maintenir le SIG à l’écart des autres composants du SI se mettent rapidement en difficultés ce qui a conduit certains à se demander si le géomaticien n’est pas condamné à limiter à terme son activité à la gestion de données de références.

L’offre logicielle SIG évolue d’ailleurs clairement dans le sens d’une intégration informatique de plus en plus importante (stockage en SGBD, diffusion en mode Web avec les contraintes de performance et de sécurité associées, Cloud computing, etc). Mais elle évolue également vers une offre de progiciels paramétrables : le premier à proposer un tel outil était Business Geographic avec AIGLE, véritable générateur d’applications. Est arrivé ensuite GEOMAP avec son « Studio », puis en 2009, ARcOpole d’ESRI et son « studio », accompagné de divers environnements applicatifs proposés par ESRI France. Point commun entre ces 3 outils : ils sont conçus pour permettre à l’administrateur de configurer des environnements métiers et des ressources sans recourir à des développements informatiques.  A l’aide de ces environnements, on peut créer des modèles de données et de publication de cartes, mais aussi des ressources d’exploitations (requêtes, thématiques, etc) et gérer des droits utilisateurs. Ils conviennent particulièrement bien aux collectivités, dans lesquelles de nombreux métiers peuvent trouver des réponses à leurs besoins dans de tels environnements, sans forcément recourir à des développements applicatifs sophistiqués.

De tels environnements sont de fait très intéressants pour les géomaticiens, qui ne disposent pas toujours de compétences leur permettant de réaliser de véritables développements informatiques, mais sont tout à fait en mesure de configurer de tels environnements, quand le générateur assume la traduction informatique des paramétrages réalisés.

Cette évolution pose toutefois deux questions : la première est de savoir si on peut satisfaire tous les besoins à l’aide de simples paramétrages du SIG. La réponse est bien entendu négative. Plus on souhaite aller loin dans le métier et dans l’automatisation des processus, moins ces environnements sont pertinents, mais ils ont au moins le mérite de permettre à des utilisateurs de démarrer sur des bases simples, et d’affiner leurs besoins avant d’évoluer vers des solutions plus intégrées. Ils peuvent rapidement trouver leurs limites quand les besoins s’affinent et évoluent.

La seconde question est de savoir si l’administrateur fonctionnel de tels SIG paramétrables peut aujourd’hui se cantonner aux outils SIG. Cette évolution n’est pas propre aux SIG : pour ne prendre que deux exemples d’outils susceptibles de dialoguer avec le SIG, les solutions de GMAO (Gestion et Maintenance Assistée par Ordinateur) et les outils décisionnels se présentent également sous la forme de progiciels paramétrables dont la mise en œuvre nécessite une fonction d’administration fonctionnelle dans l’organisation. Le géomaticien est certes rarement un véritable informaticien, mais s’il dispose de compétences en modélisation de données, en qualification de données et d’une connaissance des métiers acquise lors de la mise en œuvre du SIG. Il peut donc mettre en valeur ces compétences pour devenir l’administrateur fonctionnel d’autres environnements de gestion ou d’analyse de données sur le territoire, d’autant que ces derniers ont naturellement vocation à dialoguer avec les SIG.

Si la valeur ajoutée du géomaticien n’est donc pas seulement d’être un producteur de cartes ou un gestionnaire de données de référence, mais aussi d’être l’administrateur fonctionnel du SIG, il doit se demander s’il n’a pas intérêt à étendre cette compétence à d’autres environnements informatiques manipulant des données sur le territoire. Dans le choix entre l’expertise informatique et l’expertise métier, cette proposition privilégie clairement l’expertise métier, à condition de ne pas la réduire à la dimension géographique. Elle nécessite également que le géomaticien aille au-delà de sa préoccupation principale, les données, pour s’intéresser également aux processus métiers dans son organisation.

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