Quels terminaux de saisie sur le terrain pour quels utilisateurs ?

Il y a une dizaine d’années, en écho à l’émergence d’une offre de SIG mobiles, IETI Consultants avait réalisé une petite enquête sur les usages et les fonctions de ces outils. A l’époque, on pouvait installer un SIG mobile sur deux types de terminaux :

  • terminal classique (on parle à l’époque d’assistant personnel ou PDA), sur lesquels on peut installer des applications de consultation simples, voire de petites applications de mise à jour,  incluant la création d’objets avec ou sans GPS. Ce type de terminal nécessite le développement de configurateurs d’applications adaptés aux divers systèmes d’exploitation de ces terminaux et permettant de répondre à des besoins métiers particuliers, et d’outils clients exploitant ces environnements métiers. Ils permettent de développer des applications de saisie sur le terrain, avec ou sans GPS, dans lesquelles l’interface utilisateur rustique (quelques boutons, pas de véritable clavier de saisie, écran de petite dimension, processeur de faible puissance (etc) oblige au développement d’applications de saisie très packagée, condition pour que l’utilisateur arrive à s’approprier l’outil et ne soit pas rebuté par son interface utilisateur : il est vrai que le destinataire de ces outils (fontainier, agent de terrain) est le plus souvent un utilisateur très occasionnel de l’informatique.
  • Tablet PC sur lequel on peut installer une version  complète du SIG client lourd. Il suffit d’installer le SIG client lourd sur le tablet PC et l’utilisateur a accès à toute la richesse fonctionnelle du SIG ! On automatise la synchronisation des bases de données et le problème de l’usage du SIG sur le terrain est réglé. Le problème est que l’utilisateur potentiel n’est pas un géomaticien, mais un spécialiste du terrain dans son métier, et c’est un très mauvais service à lui rendre que de mettre entre ses mains un SIG bureautique, sauf s’il est caché derrière une application métier qui se limite aux quelques fonctions requises. L’équation économique n’est alors pas satisfaisante : l’organisme a financé des tablets PC très coûteux (4 à 5 fois le coût d’un PC de bureau) et des licences complètes de SIG bureautiques, associées à des licences d’applications, pour réaliser quelques opérations simples sur le terrain.

Ces deux familles de terminaux trouvent cependant leur usage dans un certain nombre d’organismes (exploitants de réseau par exemple), même si leur déploiement requiert des compromis entre exigences contradictoires : avoir un terminal performant, complet, ergonomique et facile à utiliser, bien packagé coûte souvent très cher et la richesse fonctionnelle ou l’ouverture des données font rarement bon ménage avec la simplicité d’utilisation.

Les premières générations de smartphones n’apportent pas d’améliorations significatives, par rapport aux terminaux traditionnels, mais les smartphones actuels et surtout les nouvelles tablettes, riches de nombreux logiciels et susceptibles d’être utilisées en permanence en mode connecté vont donner l’occasion à quelques rares éditeurs de développer de nouveaux environnements, la plupart se contentant de les configurer pour qu’elles accèdent au SIG Web. C’est certes moins pénalisant pour l’utilisateur de terrain d’accéder à un SIG Web connecté qu’à un SIG bureautique, mais encore une fois, la problématique particulière du terrain n’est pas prise en compte. On ne propose pas à l’utilisateur de terrain un environnement de saisie packagé adapté à ses contraintes d’interventions sur le terrain (pluie, froid, lisibilité de l’écran, risques en circulation, etc), on lui propose d’utiliser le SIG Web sur le terrain.

Est-ce une amélioration ? Oui peut-être, pour l’utilisateur grand public qui accède à des données à partir d’une telle tablette, oui certainement, pour l’éditeur, qui sans effort particulier de développement, rend ses solutions accessible et utilisables dans divers environnement, et enfin, oui pour l’administrateur du SIG, qui peut espérer n’avoir qu’une seule base de données et un seul environnement Web à administrer. Je suis en revanche dubitatif sur l’intérêt de telles solutions pour le professionnel auquel on propose de renseigner des comptes-rendus d’intervention (GMAO), des contrôles de conformité de réseaux et autres mains courantes de patrouilles routières dans des applications Web classiques sans tenir compte du fait qu’il est sur le terrain, avec la plaquette dans les mains ou sur les genoux et que la pluie, le vent ou le froid le conduisent à souhaiter se débarrasser le plus vite possible de l’opération informatique à réaliser.

Les éditeurs objecteront que de plus en plus d’utilisateurs de téléphones portables connaissent ces environnements informatiques ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais dans la recherche de gain d’efficacité liée au déploiement de terminaux de saisie sur le terrain, il y a aujourd’hui un choix à faire entre les tablettes standardisées, multifonctions, mais peu ergonomiques pour des usages opérationnels sur le terrain, et des terminaux spécifiques, plus chers, mais mieux adaptés et permettant d’espérer de véritables gains d’efficacité.

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7 commentaires pour Quels terminaux de saisie sur le terrain pour quels utilisateurs ?

  1. dmassiot dit :

    L’ergonomie des tablettes standardisées peut être largement adaptée et personnalisée. Il existe de nombreuses application pour Androïd permettant de personnaliser le « launcher ».

    • hpornon dit :

      Bien entendu, mais alors, pourquoi la plupart des éditeurs de solutions SIG (et GMAO) se contentent de vendre des terminaux et de proposer une configuration permettant d’accéder à la même application intranet / extranet SIG (et GMAO) que celle utilisée en interne dans l’organisation ?

  2. dmassiot dit :

    Il me semble que c’est en premier lieu au client d’exprimer ses besoins auprès des éditeurs !!
    On pourrait imaginer dans un cahier des charges qu’une collectivité demande à comparer 2 options en matière de livraison de terminaux :
    – les terminaux spécifiques que vous évoquez
    -les tablettes standardisées « customisées » en terme d’interface (simplification du launcher) et de protection générale (coques anti-casse…)

    • hpornon dit :

      Je faisais référence sans le dire à deux consultations lancées par deux clients, dont les deux CCTP, rédigés par mes soins, exprimaient des besoins métiers bien ciblés pour ce qui concerne les usages mobiles, et dans lesquelles une grande partie des éditeurs a fait le choix de ne pas répondre à la demande exprimée, mais de proposer un accès web standardisé. La question que je me pose est de savoir si ces éditeurs « répondent à côté » parce qu’ils ne souhaitent pas développer des applications « vraiment » mobiles (doute sur leur rentabilité ?) ou s’ils craignent que le coût de ces développements les mettent en situation financièrement défavorable face à leurs concurrents. Un éditeur osera-t-il apporter son point de vue dans ce débat ?

  3. Bonjour,
    Je profite de cette appel à réaction pour rebondir sur votre post, qui résume bien la situation passée et la situation actuelle. Merci de nous offrir cette tribune pour échanger sur ce sujet au combien d’actualité et bravo pour votre blog !
    Les contraintes pour l’éditeur comme pour l’utilisateur sont multiples :
    – il y a le côté matériel, qu’on essaie en tant qu’éditeur d’exploiter au mieux et qui a lui-même ses contraintes. Selon les interlocuteurs que j’ai pu rencontrer, il y a ceux qui recherchent le meilleur rapport coût/performance et qui se dirigeront généralement vers du matériel grand public (sans côté péjoratif, on trouve du très bon dans cette catégorie), mais ne répondant pas forcément à toutes les contraintes du terrain. Le coût étant très raisonnable, pour la plupart des usages, on consentira à devoir remplacer régulièrement ce matériel, dont l’obsolescence programmée le condamne de toute façon à un usage limité dans le temps. Par ailleurs, la tendance lourde du fameux « Bring Your Own Device » apporte, quoi qu’on en pense, de l’eau à tous les moulins et permet la dissémination des usages de la cartographie à tous les niveaux, dans tous les rôles et pour de nombreux acteurs (terrain ou non d’ailleurs).
    Ensuite, il y a ceux qui ne concevront pas l’utilisation terrain sans un matériel adapté (militaires, pompiers pour ne citer qu’eux), à l’épreuve de la pluie, de la poussière, des chutes (matériel durci) voire autorisant l’utilisation avec des gants, etc. Pour eux, l’investissement matériel sera plus conséquent, mais les financements tardent souvent à venir et les projets sont encore trop souvent retardés par des contraintes budgétaires.
    Il faut donc souvent faire avec ce qu’on a, ou ce qu’on peut avoir à moindre coût… sinon les projets restent en sommeil en attendant des jours économiquement meilleurs (autre contrainte actuelle lourde).
    – l’environnement supporté est également important (Android/iOS/WinRT/WP8, mais aussi Windows 8), pas tant pour l’utilisateur (à l’exception de quelques aficionados d’une pomme, de bonbons acidulés, de tartes au citron meringuées… ou de fenêtres) que pour l’éditeur, contraint de développer une application par environnement, qui lui-même a ses propres impératifs d’architecture, d’interface, d’ergonomie, de design…
    – concernant l’application elle-même, le travail en mode connecté est évidemment un atout mais la gestion d’un mode déconnecté est indispensable hors couverture réseau (montagne, forêt, deep indoor comme disent les opérateurs).
    Sur les besoins fonctionnels, les attentes exprimées n’ont pas toujours le même niveau de formalisme ou de maturité. L’éditeur doit donc avant tout s’adapter à de nombreux besoins métier, mais en tant qu’éditeur le vecteur commun est recherché dans un premier temps, les partenaires intégrateurs ou utilisateurs des SDK pouvant ensuite s’approprier la solution et l’adapter à des besoins spécifiques si nécessaire.
    Les applications ultra-spécifiques sont plus complexes à mettre en oeuvre, pour la raison essentielle du coût de développement et de maintenance sur le moyen/long terme. Je crois qu’une partie de la réussite réside dans le développement d’un tronc commun à tous les usages terrain (ergonomie en mode tactile, utilisation de la géolocalisation, etc.), couvrant environ 80% des besoins, complété d’adaptations spécifiques à un métier, à un usage et développé en spécifique par l’éditeur ou un partenaire intégrateur.

    Sans vouloir trop mettre en avant notre travail – on n’est pas là pour faire de la pub, nous avons recherché une solution multiple :
    – à la fois adapter le SIG aux usages tactiles avec une interface spécifique allégée et ergonomique, couvrant l’essentiel du besoin fonctionnel sur le terrain, sans pour autant obliger à l’installation d’une version experte (même le viewer dispose par exemple de ces fonctionnalités pour de la consultation en mode tactile), nous capitalisons sur l’effet de gamme qui est ici essentiel pour proposer à tous, dans toutes les versions, un mode tactile utilisable partout. Pour répondre pleinement aux besoins, cette interface sera personnalisable et pourra être enrichie via le SDK de fonctions spécifiques. Le tout sous Windows 7 et 8.
    – … et par ailleurs compléter évidemment cela par des applications pour OS mobiles en mode connecté/déconnecté, mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Un serveur centralisant les données, gérant la synchro des mises à jour et les droits des utilisateurs est le deuxième maillon de la chaîne, le troisième étant le SIG qui alimente les mises à jour de contenu (fond carto spécifique…) par un mécanisme de push vers un serveur de partage, sans oublier la récupération des mises à jour de données saisies sur le terrain.

    En résumé, avancer en parallèle sur une évolution du moteur SIG vers une interface 100% nomade et tactile d’une part, et proposer des applications dédiées aux OS mobiles, basés sur les architectures web ou non d’ailleurs (ce n’est pas un impératif) d’autre part, constitue je pense un bon compromis, car chacun pourra y trouver son intérêt… et sa satisfaction, dans les limites de l’investissement matériel et logiciel défini.

    Raynald GARNIER, chef de produits chez GEOCONCEPT.

    • hpornon dit :

      Merci à Raynald Garnier pour cette expression bien documentée du point de vue d’un éditeur. Effectivement, les contraintes d’architecture informatique et d’environnement mobile (type de terminal et système d’exploitation) et les exigences plus ou moins formulées des utilisateurs ou leur disponibilité à financer le véritable coût de ces outils peuvent être de vrais casses-têtes pour les éditeurs. Et merci aux éditeurs qui ne se contentent pas de pousser des tablettes standards et des interfaces web standards, mais cherchent des compromis entre ces exigences parfois contradictoires.

  4. Europrint dit :

    En tout cas, merci pour ce bal article bien complet, et surtout au commentaire de Raynald qui apporte son point de vue non négligeable.

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