Vers un modèle de ville intelligente ?

J’ai assisté cette année à plusieurs des débats organisés sur les Villes intelligentes par France Stratégie.

Deux sujets récurrents étaient, d’une part, la question de la définition de la Ville intelligente, d’autre part, celle de savoir s’il y avait un modèle de ville intelligente ou à défaut, un moyen pour les villes de ne pas toujours recommencer à zéro.

Définition de la Ville intelligente

Les définitions des divers intervenants à ces ateliers tournent toutes autour de quelques thématiques : développement durable, nouvelles approches de la consommation énergétique, mobilité douce, etc. La plupart mettent également en avant la question de la gouvernance, des collaborations entre acteurs publics et privés et de l’implication citoyenne. Tout çà est assez classique. La question du rôle du numérique dans la Ville intelligente fait en revanche débat. De nombreux intervenants évoquent le numérique comme une thématique (numériser la ville), certains ne l’évoquent que comme un moyen (déployer des plates-formes pour maîtriser le développement des services numériques), l’objectif étant plutôt la régénération urbaine, d’autres enfin estiment que la Ville peut devenir intelligente sans forcément mettre l’accent sur le numérique.

On pourra ainsi mesurer le chemin parcouru depuis les premières approches de la Ville intelligente sponsorisées par les grands acteurs du numérique, et qui présentaient le déploiement de technologies informatiques comme une fin en soi et un objectif de la Ville Intelligente. Les outils informatiques redeviennent ce qu’ils devraient être, un moyen; et les objectifs de gouvernance, de participation citoyenne et d’aménagement urbain redeviennent prioritaires.

Vers un modèle de ville intelligente ?

Ces réunions ont également été l’occasion d’intéressants débats sur la question de savoir s’il est aujourd’hui possible d’identifier un modèle de ville intelligente.

Il me semble que sur ce sujet, on peut évoquer deux axes traduisant les dynamiques urbaines en action. Le premier axe est un axe stratégique « local / global »Dans un premier temps, la démarche de Smart City est portée par une volonté de différenciation vis-à-vis des autres collectivités, perçues comme concurrentes : la Ville  affirme son autonomie, valorise son tissu économique et associatif local et adresse des particularités locales ou des objectifs propres à son territoire. Dans un second temps, les problématiques de l’intérêt général, les besoins de synergie et d’économies d’échelles, le constat que certains problèmes sont récurrents dans la plupart des territoires conduiront les collectivités à se rapprocher.

Cette dynamique est très bien illustrée par les démarches Open Data : dans un premier temps, chacun déploie rapidement sa plate-forme pour affirmer son adhésion aux principes de l’Open Data et manifester sa volonté d’ouverture, dans un deuxième temps, le constat que les données d’une ville sont d’autant plus facilement réutilisables qu’elles sont disponibles de façon identique dans les autres territoires conduit les promoteurs de l’Open Data dans les collectivités à essayer de faire émerger des standards (données considérées comme essentielles, formats, structures et modes de diffusion).

Le deuxième axe est temporel et lié à l’innovation : le temps de l’innovation est celui du foisonnement, nécessaire pour faire émerger des concepts, tester des services, des solutions technologiques. Vouloir standardiser ou imposer un modèle à ce stade serait contre-productif, car il s’agit d’inventer. Cependant, après cette phase d’innovation, le besoin évolue et c’est le temps de la généralisation : il faut pérenniser les solutions développées, les rendre interopérables, réduire les coûts de déploiement et d’exploitation, donc standardiser.

Peut-on d’ailleurs à ce stade, imaginer qu’un modèle de ville intelligente puisse être adopté par les territoires ? Il semble aujourd’hui plus réaliste d’imaginer des synergies, une capitalisation d’expériences, une transposition au cas par cas d’expériences ou de projets d’une collectivité à l’autre, car les territoires ont leurs spécificités, leurs atouts et leurs faiblesses et l’idée d’un modèle type de ville intelligente me semble une vue d’esprit.

On trouvera dans ce lien un accès aux documents diffusés à l’occasion des débats organisés par France Stratégie : ils sont dans l’ensemble très intéressants.

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De SIDO 2016 à SIDO 2017 : la question de la sécurité

Le premier SIDO 2015 était un SIDO d’évangélisation focalisé sur l’innovation et les objets connectés pour le public. L’an dernier, le SIDO 2016 abordait à parts égales les usages professionnels (objets connectés dans l’industrie, smart cities) et grand public, d’où le titre de mon compte-rendu d’avril 2016 : « De SIDO 2015 à SIDO 2016 : la professionnalisation »

La tendance se confirme au SIDO 2017, puisque les usages industriels semblent prendre l’ascendant sur les usages concernant le grand public. Manifestement, le marché du grand public ne se développe pas aussi bien que prévu et le marché considéré comme prometteur aujourd’hui est celui des usages professionnels.

Même si le village des start-ups nous permet de découvrir de nouveaux objets connectés aussi « folkloriques » que les années précédentes, les stands proposent des offres de service très professionnelles pour la conception d’objets connectés, la fourniture de composants standardisés et sécurisés pour l’intégration de fonctions diverses dans les objets connectés, et l’accompagnement à la transition numérique.

Le temps n’est d’ailleurs pas appréhendé de la même façon. On ne parle plus de gadgets pour les geeks dont la durée de vie est comprise entre 18 mois et 3 ans, mais d’automates dont la durée de vie peut être comprise entre 20 et 30 ans, ce qui génère des contraintes particulières dans la conception et le déploiement des objets.

La sécurité devient une préoccupation majeure. D’une part, plusieurs attaques récentes ont montré que le détournement d’objets connectés n’était pas un scénario de science-fiction : voir l’utilisation par le virus MIRAI de caméras connectées mal sécurisées pour générer un déni de services de la société DYN, paralysant par ricochet plusieurs grands sites (AMAZON notamment), voir également les soupçons qui pèsent sur la Russie concernant son ingérence récente dans la campagne présidentielle américaine, ou les inquiétudes actuelles sur l’attaque des sites de certains candidats à l’élection présidentielle en France. L’adoption d’objets connectés a pour effet d’augmenter de façon importante le risque informatique, d’une part, parce que bon nombre de ces objets connectés sont mobiles ou physiquement installés hors de l’entreprise, d’autre part, parce que les interconnexions d’objets et de systèmes informatiques génèrent des risques supplémentaires.

Les projets actuels de Smart City (que l’on pourrait qualifier de 1.0) concernent des réalisations sectorielles (énergie, mobilité, etc), qui même quand elles coexistent dans un même projet, ne remettent pas en cause les silos informatiques qui constituent les systèmes d’information des collectivités territoriales. Ils se contentent souvent de greffer des objets connectés ou d’interconnecter des terminaux aux systèmes d’information existants ou de prévoir le déploiement de nouveaux silos. Le risque informatique augmente cependant du fait, d’une part, que de nombreux objets connectés ne sont pas (ou mal) sécurisés, d’autre part, que le public est encouragé à participer à l’écosystème informatique à l’aide de smartphones ou autres terminaux. Cette coexistence d’outils et d’usages professionnels et individuels est délicate à gérer.

La situation deviendra beaucoup plus dangereuse quand les projets évolueront vers la dimension 2.0 de la Smart City, qui prévoit l’interconnexion des silos métiers et le déploiement d’outils de pilotage plus globalisés de la ville. On peut se demander si ce n’est pas un fantasme d’informaticien d’imaginer que dans quelques années, le décideur d’une ville (le maire ? le DGS ?) s’installera devant un écran de contrôle similaire à celui d’un pilote d’avion, et prendra des décisions en temps réel, en fonction de l’évolution de l’évolution du trafic, de la qualité de l’air, du stock d’énergie disponible dans sa ville ou de tel ou tel autre critère. Sans aller jusque-là, l’interdépendance des différentes approches de la ville est identifiée et justifie qu’on décloisonne les métiers et donc les systèmes d’information. On va donc franchir un cap supplémentaire dans le risque informatique, d’autant que cette interconnexion va associer des systèmes d’information gérés en interne dans la collectivité, d’autre gérés dans le cloud et d’autres gérés par des partenaires externes.

Le constat de la nécessité de prendre très au sérieux les exigences de sécurité est donc posé. Quelles solutions et bonnes pratiques sont proposées pour réduire et gérer les risques ?

  • Améliorer la qualité des logiciels et composants : aujourd’hui encore, la plupart des intrusions et attaques passent par des failles de sécurité résultant de la non qualité des logiciels. Outre le constat qu’un programmeur n’est pas infaillible et que les fournisseurs comptent souvent sur les clients pour déboguer leurs solutions, la priorité accordée à la vitesse de mise sur le marché par rapport à la sécurité est problématique : aujourd’hui encore, les concepteurs d’objets connectés préfèrent mettre rapidement sur le marché des objets à la fiabilité incertaine que prendre le temps de les sécuriser. Dans le monde professionnel, et pour des objets dont la durée de vie pourra être longue, c’est un vrai problème.
  • Utiliser des fournisseurs de confiance pour les composants : c’est une des préconisations de l’ANSSI, ce qui pose la question de la place des start-ups sur ce marché : une start-up peut-elle être considérée comme un fournisseur de confiance ? D’un autre point de vue, la sécurité numérique devient un différenciateur des offres commerciales.
  • On peut proposer des bonnes pratiques de sécurité « by design », mais il ne faut pas négliger le problème que posent les systèmes et objets connectés existants, qui ne satisfont souvent pas les exigences de sécurité actuelles, mais qu’on ne peut remplacer rapidement, pour de simples raisons financières.

Ces bonnes pratiques, finalement assez basiques, montrent la difficulté à sortir d’une approche cartésienne de la sécurité (garantir la sécurité de chacun des composants du système) pour aller vers une approche systémique (garantir la sécurité du système dans son ensemble). Même si la sécurité de chacun des composants est un préalable à la sécurité de l’ensemble, le risque est systémique.

Signalons enfin deux initiatives concernant la sécurité : l’ANSSI a engagé une démarche de qualification de prestataires du cloud, basée sur son référentiel d’exigences, et avec des objectifs de sécurité nationale.

Le nouveau règlement sur la protection des données de l’UE est applicable à partir du 25 mai 2018. On en trouvera une présentation sur le site de la CNIL.

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La ville intelligente : Cap Urba 2016, Lyon

Après le succès des deux SIDO organisés en avril 2015 et 2016 à Lyon, on pouvait espérer une large participation à l’exposition Cap Urba 2016 et au congrès associé Cap Cities 2016, concernant la « Ville Intelligente et Attractive ».

Cela n’a pas été le cas et malgré le grand intérêt suscité par le concept de smart city / ville intelligente, les allées de l’exposition et les conférences n’ont pas fait le plein : pourtant, les dates des 8 et 9 décembre n’étaient pas choisies au hasard, elles permettaient aux visiteurs et congressistes de faire d’une pierre deux coups en participant au congrès et en profitant de la Fête des Lumières le soir à Lyon. J’ai pour ma part passé peu de temps sur les stands, car les conférences étaient plutôt intéressantes.

Quelques constats glanés ici et là illustrent l’importance de la mutation en cours :

  • En 2030, Internet consommera à lui tout seul autant d’électricité que l’humanité en 2008
  • En 2020 il y aura 25 milliards d’objets connectés sur la planète, dont 2 milliards de véhicules (nombre doublé par rapport à 2016).
  • Le smartphone devient une télécommande urbaine
  • Demain, on n’achètera plus un véhicule, mais de la mobilité
  • Tous les 6 ans, on multiplie par 10 le besoin de débit de connexion : en 20 ans, on le multiplie donc par 1000.

Il est toujours aussi difficile de définir la smart city, mais les retours d’expérience permettent au concept de gagner en maturité et en réalisme. Après avoir dans un premier temps focalisé la smart city sur sa dimension technologique (smart grids, objets connectés, plates-formes…), le discours est aujourd’hui beaucoup plus mesuré et recentre la ville intelligente sur les usages, l’appropriation par le citoyen et le volet humain, conduisant à des interrogations sur le « techno-solutionnisme » sous jacent au concept (on appelle techno-solutionnisme l’attitude consistant à penser que les solutions aux problèmes à résoudre sont prioritairement technologiques). Ainsi, ce n’est pas forcément en déployant des compteurs « intelligents » permettant aux habitants de mesurer leur consommation d’énergie qu’on aboutit à une baisse de la consommation.

Que l’on se rassure (ou que l’on s’inquiète) ! Chez les grands industriels, il s’agit toujours de pousser au déploiement de nouveaux outils technologiques supposés résoudre les problèmes de la ville actuelle, car pour eux, la ville intelligente est avant tout un nouveau marché, mais ils conviennent qu’il faut également accompagner l’appropriation de ces technologies.

Une dimension importante et problématique de la ville intelligente reste le temps. Les divers cycles temporels sont en effet de plus en plus difficiles à concilier.

  • Les cycles de l’innovation technologique sont de plus en plus cours : un objet ou un service connecté seront probablement obsolètes après 2 ou 3 ans maximum et ils sont en tout cas remplacés tous les 6 mois par des objets plus performants
  • Le délai d’une prise de décision politique est couramment de 2 à 3 ans et les délais de mise en œuvre des projets sont de 2 à 5 ans, voire plus pour des projets importants. Les délais de retour sur investissement ou d’évaluation de l’utilité des projets sont de 2 à 3 ans pour les plus rentables, mais tous les projets ne sont pas rentables ou leur rentabilité n’est pas toujours mesurable
  • Les cycles des échéances électorales sont de 5 à 6 ans
  • Enfin, les cycles de vie de certains équipements concernés sont beaucoup plus longs. La durée de vie d’un revêtement routier est d’au moins10 ans, celle d’une canalisation de réseau peut aller de 20 à 100 ans (pour les nouveaux réseaux humides), et celle d’un bâtiment de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’années (il est cependant peu probable que les bâtiments construits au XXIème siècle durent aussi longtemps que les ponts romains, les églises romanes ou les cathédrales gothiques).

Comment peut-on concilier ces divers cycles aujourd’hui et éviter de se faire piéger dans la spirale de l’accélération technologique ? Il n’y a pas de réponse à cette question.

Une autre question est celle du retour sur investissement et des modèles économiques de la Ville Intelligente. J’ai posé cette question aux éminents représentants d’Orange et IBM lors de la conférence sur  les nouveaux modèles de partenariat et de synergies et la réponse a été tout à fait claire. Quand c’est rentable pour eux, les opérateurs privés investiront dans ces technologies. Si ce n’est pas rentable, c’est à la collectivité d’investir pour le bien-être des citoyens. C’est à elle de choisir entre subventionner le club local de pétanque ou développer des services de smart city (dixit l’un de ces représentants). Les collectivités sont donc prévenues, pour la smart city, il s’agit de nouveau pour les industriels de privatiser les bénéfices et de collectiviser les pertes.

Au final, les interrogations suscitées par ces premiers retours d’expérience sont positives et pourraient permettre d’évoluer vers une ville intelligente 2.0 moins technologique, plus humaine, orientée par les politiques et non par les industriels, à condition que chacun veuille bien prendre le recul nécessaire pour ne pas se faire happer par la spirale de la course à la technologie.

De mon point de vue, chaque ville candidate devrait se poser la question suivante : en face des technologies que me proposent les industriels pour résoudre les problèmes sur mon territoire, quelles autres solutions alternatives moins guidées par la technologie pourraient être identifiées ?

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SIDO 2016 : de l’IOT pour le public à l’IOT pour les organisations

Cette semaine, il fallait choisir entre le 3D et les maquettes numériques de territoire au BIM World (Paris les 6 et 7 avril) et les objets connectés et la ville intelligente au SIDO (Lyon, mêmes dates) ou se partager entre les deux manifestations. Le 3D est certes plus d’actualité dans le domaine de la géomatique, mais j’ai finalement préféré visiter le SIDO en raison de son intérêt plus prospectif.

De SIDO 2015 à SIDO 2016 : la professionnalisation

Un premier commentaire concerne l’évolution de SIDO de 2015 à 2016. Les exposants de SIDO 2015 étaient majoritairement des start-ups développant des objets connectés pour le public. Les conférences étaient focalisées sur les technologies, la conception et le développement d’objets et abordaient surtout les objets pour le public. le discours ambiant était (je caricature à peine) : « si vous voulez que votre société survive, vous devez transformer rapidement vos produits en objets connectés et d’ailleurs, c’est un eldorado ».

Sur les stands de SIDO 2016, on trouvait toujours des start-ups, mais on notait cette année la présence plus importante de grands groupes du domaine des TIC (STERIA, CGI, Orange, Thales, etc) ou d’industriels (Legrand, Schneider…). Cette présence manifeste l’intérêt des entreprise pour l’IOT à deux niveaux : d’une part, elles sont susceptibles de transformer leur business en remplaçant leurs produits traditionnels par des produits et services connectés, d’autre part, elles sont potentiellement utilisatrices d’objets connectés pour améliorer leur rentabilité et leur productivité. On pouvait également noter l’émergence d’une offre d’accompagnement des projets IOT : designers, composants de base, connectivité, solutions informatiques pour la conception, accompagnement des projets…

Dans les conférences, on pouvait également remarquer un meilleur équilibre entre usages (il paraît que c’était une consigne des organisateurs), services et technologies et la moitié des conférences illustraient la montée en puissance des applications professionnelles (IOT dans le domaine industriel et smart cities notamment). le discours était également plus pragmatique : « il faut y aller, mais quel impact humain et sociétal ? ». On a ainsi abordé des questions de rentabilité, de modèle économique, d’adoption, d’impact sur les processus métiers…

Quelques autres tendances

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques nouveaux objets connectés, car c’est aussi le charme de ce domaine de voir émerger des produits connectés inattendus. Le vélo et le pot de fleur connectés étaient déjà présents l’an dernier, mais on a vu cette année la maroquinerie connectée, le foulard connecté (anti-pollution), la ruche connectée et la gamelle du chat (ou du chien) connectée.

Plus sérieusement, côté entreprise, on a pu aborder la problématique de l’industrie 4.0, nouveau paradigme de l’entreprise connectée, dans lequel les relations et la chaîne de valeur entre l’entreprise et ses fournisseurs est modifiée en profondeur. On peut la résumer avec cet exemple : General Electric ne vend plus des moteurs d’avion, mais des heures de vol aux compagnies aériennes.

Côté Smart Cities, les retours d’expérience montrent que si les technologies peuvent rencontrer les usages, les questions d’adoption et d’accompagnement des utilisateurs sont loin d’être résolues (les objets connectés atteindront-ils d’autres cibles que les geek, qui sont loin d’être majoritaires dans la population ?) et les modèles économiques se cherchent encore (dans la plupart des cas, la collectivité doit investir massivement dans des technologies qui améliorent le bien-être des citoyens ou leur procurent un gain financier sans pouvoir espérer de retour sur investissement à son niveau).

Les technologies ne sont toujours pas standardisées et on court toujours le risque de voir un projet remis en question par le choix d’une technologie devenue obsolète. La bonne nouvelle est en revanche l’émergence de plusieurs plates-formes ayant pour objet de garantir sécurité et indépendance des industriels (projet S3P) ou des collectivités par rapport aux plates-formes nord-américaines des GAFAs. Voir par exemple les projets Open Source sponsorisés par l’Union Européenne : Open IOT (openiot.eu),VITAL (vital-iot.eu), COSMOS (iot-cosmos.eu) ou Clout (clout-project.eu).

Rendez-vous au SIDO 2017

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Mise en conformité INSPIRE, punition ou nécessité pour les collectivités ?

Deux missions récentes d’études préalables de plateformes de mutualisation de l’information géographique réalisées dans deux régions de France, ont été l’occasion de faire un point sur l’état d’avancement des organismes publics de ces deux régions dans la mise en conformité INSPIRE. Sans surprise, dans les deux régions comme sur le reste du territoire national, les administration sont plutôt bien avancées et les collectivités très en retard. Ce n’est une surprise pour personne, et le plus intéressant n’est pas dans ce constat, mais dans les échanges sur le sujet réalisés avec les collectivités lors des entretiens.

Dans leur immense majorité, celles-ci voient la mise en conformité INSPIRE comme une opération inutile, coûteuse en temps, lourde, compliquée et sans intérêt : en d’autres termes, INSPIRE est vu comme une punition ! Il faut créer des métadonnées et mettre en place des dispositifs de diffusion dans des standards prédéfinis pour faire plaisir à l’Union Européenne et comme cela ne sert à rien en interne, autant renvoyer indéfiniment cette contrainte aux calendes grecques ! C’est apparemment le message qu’elles reçoivent de leurs instances de coordination au niveau national.

En revanche, lors de ces mêmes entretiens, toutes les collectivités sont intéressées par la possibilité de disposer d’un point d’accès unique aux données des divers organismes, pour en faciliter la recherche, s’assurer qu’on a bien les données les plus récentes et si possible, pour un pourcentage non négligeable d’entre elles, remplacer le téléchargement par des accès Web Services qui leur garantirait d’avoir en permanence les données les plus fraîches. En d’autres termes, toutes les collectivités souhaitent avoir accès à une plateforme leur proposant des métadonnées standardisées et des services d’accès aux données également standardisés. Il semble donc qu’elles plébiscitent, dans leur intérêt pour les plateformes de mutualisation, les standards qu’elles rejettent dans le cadre d’INSPIRE.

Il est donc temps que les collectivités changent de point de vue sur INSPIRE. Il n’est pas nécessaire qu’elles documentent leurs données à l’aide de métadonnées pour INSPIRE, mais pour mieux connaître leur patrimoine de données et le rendre plus accessible en interne et à leurs partenaires (notamment sur les plateformes de mutualisation). Leur participation à ces dispositifs de mutualisation nécessite qu’elles documentent leurs données. Ce n’est pas pour INSPIRE qu’elles devraient mettre en ligne leurs données pour les rendre accessibles via divers standards techniques, mais pour que leurs partenaires puissent accéder à ces données aussi facilement qu’elles souhaitent accéder à celles de leurs partenaires. C’est aussi la condition de leur participation à ces plateformes.

Le jour où les collectivités auront produit cet effort de contribution aux plateformes de mutualisation sous forme de métadonnées et de dispositifs d’accès aux données, elle s’apercevront qu’elles ont fait l’effort de mise en conformité avec la Directive INSPIRE. INSPIRE devrait donc être vu comme le sous-produit d’une bonne gestion des données et de la contribution des collectivités aux dispositifs de mutualisation et non comme une obligation formelle définie par des technocrates au niveau européen.

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L’internet des objets, les objets connectés, la géomatique…

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’IOT !

L’internet des objets, les objets connectés, vous connaissez ? Pour certains, l’internet des objets est plutôt un concept associé au monde industriel et professionnel : des capteurs, des puces RFID pour le suivi des déplacements des produits en logistique, des capteurs environnementaux pour le suivi des niveaux d’eau des nappes ou la mesure du bruit ou de la pollution de l’air, etc… Tout çà n’est pas très nouveau. Pour d’autres, la notion d’objets connectés évoque une liste de gadgets à destination du public : fourchette connectée, brosse à dent connectée, pot de fleur connecté, matelas connecté, gilet connecté, bouilloire connectée (je n’invente rien, j’ai vu tous ces objets), ou la maison connectée (domotique). La conférence SIDO qui s’est tenue les 7 et 8 avril 2015 à Lyon nous a montré à quel point ces deux approches (qu’on regroupe sous l’acronyme IOT, Internet Of Things) sont similaires et procèdent des mêmes démarches et sont associés dans le même changement de paradigme. Dans les deux cas, l’objet connecté est supposé rendre un service supplémentaire à son utilisateur, mais permet également à son concepteur ou à son exploitant de constituer une base de données susceptible d’être utilisée dans un autre contexte que celui accessible à l’utilisateur. Ainsi, si l’objet est connecté au smartphone de son utilisateur (objets à usage individuel) ou au système d’information de l’entreprise (objets à usage professionnel), c’est par l’intermédiaire du concepteur ou de l’exploitant du service, qui ne se prive généralement pas d’envisager un usage étendu et non limitatif des données collectées. Les équipements connectés par NEST (filiale de Google) dans votre maison vont améliorer votre confort, mais pourraient aussi lui permettre de profiler votre comportement domestique (présence, habitudes de chauffage, etc). Les équipements industriels connectés permettront de même à leur fournisseur de surveiller directement leur bon fonctionnement et de disposer de statistiques très complètes et très fiables sur leurs usages et dysfonctionnements.

Géomaticiens, où êtes-vous ? L’IOT a besoin de vous…

Curieusement, alors que la géolocalisation fait dans tous les cas partie intégrante de la connexion, je n’ai croisé que très peu de géomaticiens à cette conférence. Alors, en quoi tout cela nous concerne-t-il ? Je vois pour ma part 3 raisons professionnelles de surveiller de près ce qui se passe dans l’IOT.

  • La première est qu’il y a de la géomatique en amont de la conception et du déploiement de ces objets connectés : GPS dans les capteurs, stockage de données géolocalisées, etc.
  • La deuxième est qu’il y a de la géomatique dans l’exploitation et la valorisation des données produites à l’aide de ces capteurs : entre autres, dans les analyses et synthèses du Big Data et dans la présentation des résultats.
  • La troisième est qu’un certain nombre d’applications informatiques et de processus dans lesquels la géomatique est largement utilisées seront impactées dans les années à venir par le déploiement (annoncé comme massif) d’objets connectés : on peut ainsi évoquer par exemple les applications des domaines transport et logistique, la gestion de réseaux, la gestion d’équipements (GMAO). Les villes intelligentes (smart cities) sont également de grosses consommatrices d’objets connectés à des applications géomatiques.

A qui va profiter le développement de l’IOT ?

J’évoquais un changement de paradigme, qui impacte à la fois les fournisseurs géomatiques et leurs clients. Des objets qui étaient des produits (fourchette, pot de fleur, etc) deviennent des services en devenant connectés. Et dans le prolongement d’un premier changement de paradigme bien connu et déjà ancien en téléphonie mobile (le téléphone mobile ne se vend pas, mais est mis à disposition gratuitement par l’opérateur de téléphonie mobile en échange d’un engagement à consommer des communications téléphoniques), un deuxième changement émerge dans le monde de l’IOT : la valeur (au sens de chaîne de valeur) des objets connectées est à la fois dans l’objet et le chiffre d’affaire généré par sa vente, dans son usage par le consommateur et le chiffre d’affaire récurrent de maintien en conditions opérationnelles du service associé, et enfin (et surtout pour les objets concernant le grand public), dans la capacité de valorisation des données produites par l’objet connecté, parfois dans un autre contexte que celui des usages de l’objet. Cette logique émergente pose deux questions. La première est celle du contrôle de l’usage de ces données : quel droit de regard l’utilisateur individuel ou professionnel aura-t-il sur la réutilisation de ses données par les divers prestataires de la chaine : hébergeur du cloud, administrateur des services, fournisseurs et revendeurs des produits et services ? Les réponses apportées dans divers cas d’usages présentées au SIDO vont de stricts engagements pris par les éditeurs de limiter les usages à ce dont a besoin le client (cas plutôt rare) à l’aveu implicite que l’intérêt de l’objet est ailleurs que dans sa commercialisation. Le pire est d’ailleurs que la plupart des fournisseurs gardent un silence (pudique ou gêné) sur cette question. Comme on retrouve des membres éminents du GAFA parmi les principaux acteurs du domaine, il y a tout lieu de se poser de telles questions. La seconde est celle du déplacement de la chaîne de valeur : les agriculteurs américains ont réalisé il y a quelques années qu’ils ne pouvaient laisser les grands prestataires de services de l’agriculture de précision s’approprier leurs données, risquant de devenir de simples exécutants techniques d’opérations prescrites par ces prestataires et se sont battus pour garder le contrôle de ces données (voir l’ouvrage de Gilles Babinet, Big Data : penser l’homme et le monde autrement, Edition Le Passeur, 2015). Les hôteliers réalisent en ce moment que les sociétés d’intermédiation permettant la réservation sur Internet sont en train de les réduire au rang de sous-traitant. Il y a tout lieu de craindre qu’un développement non encadré juridiquement de ce nouveau paradigme dans lequel le contrôle des données acquises dans le cadre du service est stratégiquement plus important que la fourniture du service ou la vente du produit, conduise à réorganiser la chaîne de valeur au profit de ceux qui contrôleront ces données, réduisant toutes les entreprises au rang de sous-traitant.

Que faire pour un développement équilibré de l’IOT ?

Il est donc important que le développement de ces objets connectés et des services associés n’aboutisse, ni à un profilage généralisé des individus (celui-ci est cependant déjà bien avancé chez les GAFA), ni à une mise sous tutelle des entreprises et des organisations utilisatrices (en cours dans certains domaines d’activité). Quelles pistes de réflexion ? La possibilité pour l’utilisateur d’autoriser ou non l’usage de ces données ? Comment contrôler le respect de l’autorisation accordée ? La possibilité pour l’utilisateur d’être rémunéré lorsque ses données sont valorisées commercialement ? Cela reviendrait à autoriser explicitement tout usage pourvu qu’il soit associé à une rémunération. Une autre piste de réflexion nous est fournie par la démarche des agriculteurs américains : se battre pour que ces données ne puissent pas être appropriées par un prestataire, mais pour qu’elles soient librement réutilisables par tous (sous réserves du respect de la vie privée bien entendu). Après tout, si le fournisseur commercialise des produits et des services, on peut considérer que son bénéfice est réalisé à ce stade et qu’au-delà, il ne peut pas avoir l’exclusivité de la connaissance d’un domaine, d’un individu, d’une organisation ou de groupes d’individus ou d’organisations. Peut-on imaginer des évolutions législatives allant dans ce sens en Europe et en Amérique du Nord ?

Deux documents librement téléchargeables à lire pour plus d’informations

Prendre le virage des objets connectés
Créer un objet connecté pour le vendre

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SIG : la dimension géographique du SI : édition 2015

Une deuxième édition de mon ouvrage « SIG : la dimension géographique du SI », publié par les éditions DUNOD en 2011, est annoncée pour le printemps 2015.

Les principaux ajouts, représentant une cinquantaine de pages, concernent la place de la géomatique 2.0 (grand public) dans la géomatique professionnelle, l’Open Data, le Cloud Computing, la place des données à très grande échelle dans le SIG (problématique DT DICT), le 3D, le big data, la qualité externe des données, les SIG mobiles, etc.

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